Viol sur mineurs

Le pdg d’Assu 2000 démasqué

Des sanctions exemplaires sont espérées dans ce nouveau cas de viols et d’agressions sur mineures (photo Elena Mozhvilo).

Le scandale a de quoi faire hurler et rappelle que malgré les scandales, nous n’en avons pas fini avec les prédateurs sexuels.

Celui qui défraie la chronique aujourd’hui s’appelle Jacques Bouthier. Ce richissime chef d’entreprise, qui dirige le groupe de courtage en assurances Assu 2000, est aujourd’hui accusé de viols sur mineures et au-delà.

En effet, les chefs d’accusation retenus contre lui au terme de l’enquête préliminaire débutée en mars dernier ne sont rien de moins que la « traite des êtres humains à l’égard de mineur et tentative, viols sur mineure de plus de 15 ans, recours à la prostitution d’un mineur » sans oublier les « agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans »

L’histoire est on ne peut plus sordide : âgé de 75 ans, M. Bouthier aurait « offert » durant cinq ans un toit et de l’argent à une jeune fille sans domicile, exigeant, selon les dires de la victime, en contrepartie des rapports sexuels quand il le souhaitait. À 22 ans, trop âgée pour le septuagénaire, il aurait alors exigé de la jeune femme qu’elle lui trouve une remplaçante. Une adolescente de 14 ans a alors pris sa place. Ainsi libérée, la jeune femme a décidé de les filmer dans le lit et de porter plainte auprès de la police en veillant à lui remettre les preuves de ses accusations.

Acculé, l’assureur aurait cherché à faire enlever la plaignante pour se saisir de la vidéo et la contraindre à quitter le pays. Pour cela, du renfort a été nécessaire. Il l’aurait trouvé en la personne de… sa femme, deux employés de son entreprise ainsi que d’un ancien gendarme, tous désormais mis en examen et incarcérés.

Non, vous ne rêvez pas, il ne s’agit pas d’un mauvais film mais bien de la triste réalité qui se rappelle trop souvent à nous. Et la démission annoncée de M. Bouthier ce mardi 24 mai, soit quelques jours après la révélation des faits, ne suffira pas à faire taire la colère que suscite ce genre d’individus.

Réseaux sociaux

Pour en finir avec le laxisme

Alors que Twitter était récemment sous les feux des projecteurs suite à son rachat par le milliardaire Elon Musk, le célèbre réseau social est aussi dans le viseur de la Cofrade (qui veille à la bonne application des droits de l’enfant en France) et de l’OPEN (observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique). Ces derniers dénoncent dans une tribune, le laxisme des autorités françaises chargées de la surveillance des réseaux sociaux (ARCOM) , et principalement de Twitter

Si ce dernier exclut des contenus « sanglants », il autorise, sous certaines conditions la publication de tout autre contenu, y compris des contenus à caractère pornographique. Il suffit pour cela de passer l’avertissement présenté par le site sans aucun contrôle de l’âge. Rappelons qu’en France, une récente loi oblige les plateformes numériques à prendre toutes les mesures techniques nécessaires pour s’assurer qu’aucun enfant ne puisse se déclarer majeur dans le but d’accéder à des contenus pornographiques

Face à cette réalité, la Cofrade et l’Open demandent :

1/ la suspension temporaire des réseaux sociaux qui ne respectent pas les textes législatifs de protection de l’enfance.

2/ la tenue sans délais d’’Etats généraux concernant la régulation des réseaux sociaux avec pour prisme principal la protection des enfants. 

Un cri d’alarme auquel s’associe notre association confrontée si souvent aux drames provoqués par l’exposition des jeunes à des images pour le moins inappropriées.

Meurtre d’Alisha

L’heure du verdict

Assassinée pour des « futilités ». C’est le terme choisi par le procureur au terme du procès des assassins de la jeune Alisha, survenu en mars 2021, à Pontoise. Après un procès loin des caméras, vu le jeune âge des accusés, les juges ont condamné, début avril, à 10 ans de prison les deux adolescents coupable du meurtre de la jeune collégienne, la préméditation n’ayant pas été retenue. 

En mars 2021, Alisha est morte jetée dans la Seine après avoir été rouée de coups. Un meurtre pour régler un différent entre collégiens. 

Une réalité qui donne des frissons. Que des adolescents règlent leurs frustrations, leur colère par une violence physique extrême jusqu’à donner la mort, devrait inquiéter notre société au plus haut point. DOIT nous alarmer. Car l’histoire se répète. Celle d’Alisha, 14 ans, harcelée par ses ex-amis, des collégiens de 15 ans, pour une histoire de cœur, des photos intimes postées sur les réseaux sociaux, cela ne vous dit rien ? Le drame est là, car tout ceci devient presque banal.

L’émotion immense qui a suivi l’annonce de la mort de la jeune fille a laissé place à l’inquiétude croissante des parents, inquiets, à juste raison, des proportions que prend le harcèlement scolaire. Aujourd’hui leur rôle est plus que jamais crucial. Tout comme l’est celui des politiques pour mettre un terme à un phénomène viral insoutenable.

Commission sur l’inceste

Premières recommandations pour mieux protéger les mineurs

Selon l’enquête, 8 agressions sur 10 sur enfants seraient des cas d’inceste. Un chiffre effrayant qui impose une réaction rapide de la part
de notre société (photo Kelly-Sikkema).

On se souvient du séisme provoqué par la parution du livre, en 2021, de Camille Kouchner « La familia grande » (Seuil) qui a fait apparaître l’urgence d’une prise de conscience de la société sur le problème de l’inceste dans notre pays. Cet électrochoc venait percuter de plein fouet le scandale des abus sexuels dans l’église. La société devait se regarder en face.

Ordre fut donné de créer une commission totalement indépendante pour évaluer le problème de l’inceste en France et établir des recommandations.

Après une année d’enquête et plus de 11400 témoignages, les membres de la Ciivise ont livré leurs recommandations intermédiaires. Une vingtaine au total dont voici les grandes lignes.

À commencer par la suspension de l’autorité parentale en cas d’inceste ainsi que des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi. Elle recommande « le retrait systématique de l’autorité parentale » en cas de condamnation pour fait d’inceste.

Les membres de la commission ont également pointé du doigt la nécessité de mieux repérer les petites victimes en faisant un repérage systématique des violences sexuelles auprès de tous les enfants. Les professionnels de l’enfance (infirmiers, avocats, éducateurs, médecins, assistants sociaux…) auraient ainsi pour mission de « poser aux enfants la question de l’existence des violences sexuelles, et notamment de l’inceste ».

Parallèlement, la Ciivise conseille un meilleur accompagnement des personnes qui donnent l’alerte qui sont bien souvent des professionnels et préconise l’abandon des poursuites disciplinaires à l’encontre des médecins à l’origine de signalements pendant le déroulement de l’enquête pénale pour ce type de violence.

Les membres de la commission, présidée on le rappelle par Edouard Durand, ancien juge pour enfants, ont également insisté sur l’importance d’améliorer le recueil de la parole de la victime. Tout signalement devrait être, selon elle, adressé directement au procureur de la République. Son témoignage devrait de plus être recueilli par un agent des forces de l’ordre “spécialement formé et habilité” , condition qui deviendrait indispensable pour occuper cette fonction.

Une prise en charge systématique indispensable de l’inceste

L’enquête réalisée à partir de 11 400 témoignages de victimes et l’audition d’une quarantaine d’experts, a également mis en évidence la faiblesse du suivi médical après un tel traumatisme. Seulement la moitié des victimes aurait bénéficié d’un suivi médical et 8,5% d’entre elles d’un suivi psychologique. Une prise en charge pourtant indispensable pour une reconstruction. La commission demande également un dédommagement sous la forme d’une somme d’argent versée quand la victime est mineure et réévaluée à sa majorité.

La formation des professionnels s’avère elle aussi urgente pour qu’ils puissent faire comprendre aux enfants que leur corps leur appartient et, qu’en tant qu’enfants, ils ont eux aussi des droits.

Plus globalement, les membres de la commission insiste sur la nécessité de sensibiliser l’opinion publique en organisant une campagne nationale de prévention.

Dernier point, la protection des enfants contre les violences sexuelles pourraient faire l’objet d’études spécifiques avec la création recommandée d’un module dans le cadre des études  liées à l’enfance.

L’inceste en France en quelques chiffres

160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France.

9 victimes sur 10, selon le rapport, sont des filles

8 violences sexuelles sur 10 sont des cas d’inceste

13% des victimes sont en situation de handicap

7 ans, c’est l’âge médian des premières agressions incestueuses pour les filles, 8 ans pour les garçons.

(Source Ciivise)

Le harcèlement scolaire devient un délit

Le 24 février dernier, les députés ont adopté une loi reconnaissant le harcèlement scolaire comme un délit. En cas de suicide de la victime, le ou les coupables risqueront jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende. Portée par le député finistérien Erwan Balanant , cette loi est une belle avancée dans la lutte contre ce fléau qui, rappelons-le, concerne 1 élève sur 10, soit entre 700 000 et 1 million d’enfants ou adolescents. Au-delà de la sanction, la loi prévoit également que les téléphones et ordinateurs des harceleurs puissent être saisis. Autre véritable avancée : elle responsabilise les fournisseurs d’accès et plateformes internet en les contraignant à modérer les contenus liés au harcèlement scolaire sur leurs réseaux. Enfin.

En France chaque année plus de 700 000 élèves sont harcelés dans leur établissement ou sur Internet (photo DR).

Mais, on ne le sait que trop bien, rien ne se fera sans une véritable politique de prévention. Et c’est ce qu’a intégré la loi qui prévoit des sessions d’information dans les enceintes scolaires sur les risques liés au harcèlement et cyberharcèlement. Les établissements devraient également bénéficier de moyens supplémentaires pour aider les jeunes victimes, notamment à se rapprocher des associations en mesure de les aider.

Enseignants, policiers, magistrats ou travailleurs sociaux seront également formés à la prise en charge de cette maltraitance.

L’Enfant Bleu Toulouse, qui travaille sur cette problématique depuis de nombreuses années se réjouit de cette reconnaissance par la loi de cette forme de maltraitance trop longtemps ignorée et poursuit plus que jamais son travail de sensibilisation dans les établissements, auprès des élèves comme des professionnels ou parents.

Rappelons enfin la mise en service du numéro national d’assistance 3018 de l’association e-enfance pour les jeunes victimes. L’application gratuite et évidemment confidentielle annonce pouvoir recueillir et stocker de façon sécurisée les preuves de harcèlement. La lutte s’organise. À chacun d’être vigilant et réactif face à ces situations si destructrices.

Inceste et violences sexuelles

Des témoignages édifiants

Plus de 3 800 témoignages de violences sexuelles ont été enregistrées en seulement 8 semaines.
(photo Dimitri Anikin)

Quelques semaines après le séisme créé par l’annonce des conclusions du rapport Sauvé, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), créée en mars 2021, a livré à son tour le 17 novembre dernier les premiers résultats de son appel à témoignage lancé au mois de septembre.

Mails, courriers, appels téléphoniques, au total ce sont plus de 6200 témoignages qui ont été reçus en seulement 8 semaines depuis l’appel à témoin lancé par la commission. Plus de 3800 questionnaires accessibles sur le site de la Ciivise ont été remplis et ont permis d’en savoir plus sur l’origine et les conséquences de ces agressions.

Premier enseignement : 80 % des personnes ayant rempli le questionnaire ont été victimes de violences sexuelles dans la famille, 20 % dans l’entourage, 10 % dans les institutions et 7 % dans l’espace public.

Neuf témoignages sur 10 proviennent de femmes et 7 sur 10 témoignent plus de 10 ans après leur agression. Une sur deux n’ayant jamais évoqué les faits dit ne pas l’avoir fait par honte.

Les témoignages recueillis, dont 9 sur 10 émanent de femmes, ont permis de mettre en évidence l’urgence d’une prise en charge rapide au vu des conséquences de ces violences sur la santé des victimes de nombreuses années après les faits.

D’après le document du Ciivise “Près de neuf victimes sur dix déclarent que les violences sexuelles ont eu un impact négatif sur leur confiance en eux et sur leur santé psychologique. Une victime sur trois rapporte avoir déjà fait une tentative de suicide”

“Suite aux violences sexuelles, une femme sur trois déclare des problèmes gynécologiques et une sur cinq déclare un dérèglement de son cycle menstruel ou une absence de règles”. A la suite des violences sexuelles, “une victime sur trois déclare n’avoir aucune vie sexuelle. Près d’un homme sur deux déclare avoir une sexualité compulsive, cela concerne moins d’une femme sur trois”.

Lancée en janvier 2021 par le gouvernement, la commission présidée par Edouard Durand, magistrat et expert de la protection de l’enfance, et par Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru, a pour but de mieux prévenir les violences sexuelles, mieux protéger les enfants victimes de ces abus et lutter contre l’impunité des agresseurs. Une urgence.

Un plan national contre le harcèlement

En France, 1 jeunes sur 10 est victime de harcèlement au sein de son établissement scolaire (photo Adrian).

Le sujet prend enfin la dimension qu’il mérite. En annonçant jeudi 18 novembre, journée nationale contre le harcèlement, la création d’une application pour recueillir les dénonciations de harcèlements, le président Macron a pris la parole le jeudi 18 novembre portant ainsi le sujet au plus haut des préoccupations. Enfin, serait-on tenté de dire.

Alors qu’un enfant sur 10 est concerné par le harcèlement dans son établissement, le gouvernement a donc annoncé des mesures fortes pour lutter contre ce fléau. En dehors de la mise en place de l’application 3018, où les victimes et témoins de harcèlement en ligne peuvent déposer les preuves et captures d’écran, seront parallèlement mis en place et développés des lieux d’écoutes pour les élèves harcelés . Enfin, un contrôle parental renforcé sur les téléphones et les tablettes devrait également voir le jour.

Des mesures rassurantes qui vont dans le bon sens et devraient tenir leurs promesses… à condition que le personnel au sein des établissements scolaires soit massivement formé et les élèves toujours plus sensibilisés.

Des conditions essentielles de réussite auxquelles croit fermement L’Enfant Bleu. Pour preuve les Interventions en milieu scolaire (IMS) que l’association propose aux établissements demandeurs depuis de longues années.

Non au harcèlement scolaire et cyber-harcèlement

Jeudi 4 novembre : journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire scolaire

On le sait, le harcèlement scolaire est un phénomène grandissant partout dans le monde. Le récent #anti2010 qui s’est abattu sur nos établissements français dès la rentrée scolaire confirme, s’il en était besoin, l’absurdité et l’ampleur inquiétante de ce phénomène.

Selon le rapport de la Commission d’information du Sénat, chaque année,  800 000 à 1 000 000(1) d’enfants seraient victimes de harcèlement scolaire. Tout aussi inquiétant, le rapport estime que 65% des enseignants s’estiment mal armés face au harcèlement, du fait d’un manque de formation, de difficultés à le détecter ou d’une absence de soutien de leur hiérarchie.

Ce même rapport est à l’origine de 35 recommandations pour enrayer cette violence grandissante parmi lesquelles :

  • impliquer les élèves dans la rédaction du règlement intérieur,
  • afficher de façon visible dans les établissements, dans les cahiers de correspondance et les agendas scolaires les numéros d’appel 3018 et 3020,
  • contraindre les réseaux sociaux à présenter périodiquement à leurs utilisateurs des vidéos didactiques de sensibilisation au harcèlement etc.

Depuis plusieurs années le ministère de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports organise une opération baptisée “non au harcèlement” ainsi qu’un concours à destination des jeunes. Cette opération s’inscrit désormais dans le programme pHARe, consacré à la lutte contre le harcèlement. L’académie de Toulouse est associée depuis la phase expérimentale à ce programme qui implique la formation de directeurs d’école et proviseurs de collège. Objectif de cette formation : sensibiliser, former, prévenir et prendre en charge les jeunes victimes de harcèlement dans leur établissement.

Pour sa part, L’Enfant Bleu Toulouse propose depuis de nombreuses années des Interventions en milieu scolaire (IMS) destinées à sensibiliser les enfants au problème du harcèlement en milieu scolaire et au cyber-harcèlement. Une prévention que l’on sait aujourd’hui indispensable pour enrayer cette dérive désastreuse.

Si vous êtes harcelé ou parent d’un enfant harcelé, témoin ou harceleur vous-même  ne restez pas seul, parlez au plus vite.

L’Enfant Bleu Toulouse met à votre disposition psychologues et juristes pour vous aider gratuitement. Appelez le 05 61 53 21 10.

Vous pouvez aussi contacter le 3018, numéro national pour demander de l’aide.

Photo : Daria Nepriakhina