Généticien, essayiste, humaniste, Axel Kahn ajoutait à sa curiosité et son indéniable talent le courage. Celui d’avoir parlé sur les ondes des attouchements dont il avait été victime enfant. (Photo : Santarem)

Médecin, généticien, essayiste, philosophe, brillant, passionné, Axel Kahn était tout cela. Il  nous a quittés à l’âge de 76 ans, mardi 6 juillet, et laisse un grand vide derrière lui. À ces glorieux qualificatifs, nous pouvons ajouter le mot « courageux ». Quand en 2019, alors que le cardinal Barbarin est accusé d’avoir couvert les faits de pédophilie du prêtre Bernard Preynat, il avait révélé sur RMC avoir été lui-même victime d’attouchements : « Ces histoires (d’actes pédophiles ndlr) ne m’étonnent pas parce que, personnellement, je connais ça. Je n’ai pas été violé mais j’ai été en butte à des prêtres pédophiles et un chef scout pédophile ».

« J’ai subi des attouchements, précisait-t-il alors. Je me rappelle avoir passé avec ce chef scout des nuits entières d’attouchements. Le curé, lui, était relativement modéré. Il m’emmenait et me faisait baigner nu dans les affluents du Loing. Il n’a jamais été au-delà mais son homosexualité et sa pédophilie ne faisait pas de doute. Mon chef scout était même beaucoup plus que cela… À l’époque, c’était tout à fait extraordinaire car on avait honte de le dire, poursuivait le généticien. Quand je l’ai dit à ma mère, pourtant pas du tout confite en dévotion, elle a été totalement indignée mais elle n’a pas fait de scandale. Elle est allée voir le grand chef scout pour lui demander d’écarter le coupable ».

Plus de soixante ans plus tard, les victimes commencent tout juste à parler. Et le courage de personnalités comme Axel Kahn ont largement contribué à briser ce tabou.

Axel Kahn avait annoncé sa mort imminente le 11 mai dernier et avait accordé une série d‘entretiens dans lesquels ce grand humaniste parlait de la fin de sa vie qu’il qualifiait d’expérience « saisissante ». À propos de cette fin annoncée il évoquait dans un tweet : « La joie de tout instant de beauté est décuplée par l’hypothèse que l’on pourrait n’en plus connaître de pareille. Sensation inouïe, bonheur immense ».

La disparition d’un esprit aussi libre qu’éclairé que celui d’Axel Kahn nous attriste. Mais, comme il le confiait avant son départ avec une touchante sérénité « La vie a une fin. » Avant de nous prodiguer ce dernier merveilleux conseil « Ne jamais commencer à vivre en dispense».  Nous nous y emploierons.