Un chat pour l’enfance en danger

Un tchat comme une nouvelle main tendue pour ne pas rester isolé (photo Toa Haftiba).

Après l’explosion du nombre d’appels durant les périodes de confinement, le 119-Allô Enfance en danger vient de mettre en place un tchat destiné aux enfants, adolescents et jusqu’aux majeurs âgés de moins de 21 ans.

Pour répondre à des appels toujours plus nombreux et s’adapter aux modes de communication de cette jeune population, le 119 propose aujourd’hui un nouvel outil pour recueillir la parole d’enfants et adolescents en détresse.

Accessible depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur via le site www.allo119.gouv.fr, ce tchat permet d’échanger par écrit en toute discrétion avec des professionnels de la protection de l’enfance, le jeune pouvant à tout moment quitter la conversation.

Si le numéro 119 est, rappelons-le, ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7, le chat fait son galop d’essai en proposant une ouverture les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 15h à 19h et les mercredis de 13h à 19h.

Depuis le début de la crise sanitaire et pour faire face à l’explosion des appels des jeunes confrontés aux violences intrafamiliales, les associations et le gouvernement travaillent  ensemble pour multiplier les recours proposés aux plus jeunes d’entre nous.

En plus de l’écoute et du suivi proposés gratuitement aux jeunes victimes, L’Enfant Bleu Toulouse poursuit son travail de sensibilisation de la population  à ces problèmes de violences familiales. Trop jeunes, sans possibilité de s’isoler, terrorisés, on le sait, les enfants ne sont pas toujours en capacité de donner l’alerte. Seul le courage d’un voisinage bienveillant peut alors sauver ces enfants.

Harcèlement

L’illusion de l’anonymat

Photo DR

L’anonymat supposé des réseaux sociaux permet tous les excès, tous les dérapages, et donne la (fausse) illusion que l’on devient intouchable caché derrière son écran et un pseudo. C’est sans doute ce qu’a cru Mila, cette adolescente auteure de 2 vidéos polémiques sur l’Islam qui, en janvier 2020, ont choqué de nombreuses personnes croyantes comme athées. Diffusées sur la plate-forme TikTok, elles avaient provoquées, on s’en souvient, un déchaînement de violences sans précédent à son encontre.

Dix hommes et trois femmes seront jugés le 3 juin par la 10e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour des propos d’une extrême violence à l’encontre de Mila allant jusqu’à des menaces de mort.

Mulsulmans, catholiques, athées, tous les accusés disent avoir réagi au caractère raciste des posts de l’adolescente. Plus intéressant : tous disent avoir réagi à chaud et la majorité d’avouer avoir oublié dès le lendemain leur message.

Dans le monde des réseaux sociaux, certain de son anonymat, il est donc possible de menacer quelqu’un des pires sévices et de l’oublier aussitôt ? Le tweet de l’un des accusés en dit long sur la violence ressentie « Bon. enculer là fort qu’on en parle plus. mettez un coup de machette de ma part a cette grosse pute de #MILA ». Nous nous épargnerons la longue liste des insultes dont Mila a été victime tant le déchaînement de violence y est insupportable.

Tous les accusés reconnaissent la confiance ressentie derrière leur écran, tous parlent d’un coup de sang, d’un besoin irrépressible d’évacuer sa colère… pour l’oublier le lendemain.

Les prévenus risquent deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour harcèlement, et trois ans et 75 000 euros pour menaces de mort. Mila, quant à elle, a été obligée de déménager, de se terrer car l’histoire récente a prouvé que, parfois, certains se saisissent de propos et passent à l’acte.

Les réseaux sociaux ont sans doute des vertus mais ils n’autorisent pas tout. La liberté d’expression que revendiquent certains des accusés est certes un droit mais sa limite en est le respect, un respect dont la victime n’avait pas mesuré l’importance, déclenchant le tsunami que l’on sait.

L’Enfant Bleu Toulouse travaille depuis de longues années à la sensibilisation des enfants et ados aux risques d’Internet.  Au risque que prend le harceleur caché derrière son écran, aux risques qu’un tel acharnement engendre pour les victimes qui parfois, pour en finir, ne voit plus que le suicide.

Qu’on se le dise, les mots ont un sens et celui-ci peut-être lourd, grave, définitif. Celui de « respect » est visiblement à redécouvrir.

Inceste

Olivier Duhamel passe aux aveux

Trois mois après les révélations de Camille Kouchner dans son livre « La familia grande »  concernant les abus sexuels commis sur son frère jumeau, Olivier Duhamel aurait reconnu le 13 avril dernier, les faits d’inceste sur son beau-fils.

Le célèbre politologue parisien avait déjà été entendu en 2011 dans une première procédure mais la victime Victor Kouchner avait alors refusé de porter plainte.

Le temps est passé, âgé aujourd’hui de 45 ans, Victor Kouchner est allé cette fois jusqu’au bout, entraînant derrière lui de nombreuses victimes qui ont elles aussi osé franchir le pas. Même si les faits sont probablement prescrits, le tabou est aujourd’hui brisé.

La succession de cas révélés a contraint les politiques à réagir. Un texte de loi visant à renforcer la protection des mineurs face aux abus sexuels sera examiné en deuxième lecture par les députés entérinant le fait que les enfants sont considérés comme non consentant pour un acte sexuel jusqu’à l’âge de 15 ans. Le seuil passera à 18 ans en cas d ‘inceste. Même s’il reste des points à améliorer, cette loi est une véritable victoire.

Abus sexuels dans l’Église

Onze résolutions pour lutter 
contre la pédocriminalité

Parallèlement au travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase), les évêques, de leur côté, ont  également progressé pour lutter contre des déviances rendues publiques en 2019.

Le 26 mars, les évêques de France, réunis en Assemblée plénière à Lourdes, ont divulgué un document pour lutter contre la pédophilie. Pour mettre un terme à ces crimes, les évêques proposent onze résolutions qui devraient voir le jour entre 2021 et 2022. 

Le texte débute par la reconnaissance de « différents niveaux de responsabilité » au sein de l’Eglise. Les évêques proposent  donc « la création d’un « Conseil pour la prévention et la lutte contre la pédophilie » afin de « continuer à traiter de manière efficace, en lien avec les évêques concernés, les faits de pédophilie et de mettre en œuvre dans le long terme les mesures qui ont été décidées ».

Parmi les autres mesures annoncées, la création d’un « Service national, chargé de la protection des mineurs, d’une « association d’écoutants » et d’un « tribunal pénal canonique interdiocésain ». 

Un lieu mémoriel devrait également voir le jour à Lourdes pour accueillir « les apports des personnes victimes… » mais aussi de permettre aux « générations à venir à ne pas retomber dans la naïveté quant à la proximité des relations de pouvoir et de la sexualité ». Enfin, les auteurs d’abus devraient être « accompagnés ». 

Abus sexuels dans l’Eglise

Premiers résultats d’enquête

On en sait plus sur les premiers résultats du travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase). Les chiffres révélés dressent un premier tableau  des victimes de violences sexuelles sur mineurs ou personnes vulnérables établi à partir de 6500 témoignages enregistrés par la Commission. En voici les grandes lignes :

Les victimes sont des hommes à 62 %, des mineurs à 87 %. 5 % des faits ont été commis avant 1950, 50 % dans les années 1950 et 1960, 18 % dans les années 1970, 12 % dans les années 1980, 7 % dans les années 1990 et le reste au XXIe siècle. Les enfants âgés de 5 ans et moins comptent pour 2,5 %, les 6-10 ans 30 %, les 11-15 ans 35 %, les 16-17 ans 7 %, tandis que pour 12 %, mineurs, l’âge est indéterminé.

Quant aux lieux où se sont déroulées les agressions : pour 34 % dans des établissements scolaires, 21 % au catéchisme ou à l’aumônerie, 12 % dans les mouvements de jeunesse ou des colonies, le reste au domicile des familles ou des auteurs des faits. Enfin, 70 % des victimes qui ont accepté de témoigner ont plus de 50 ans.

Photo : Ben Wicks

Harcèlement scolaire

Alisha, 14 ans, nouvelle victime
d’un fléau viral

Photo Lucas Marconnet

Lundi 8 mars le corps d’Alisha, une adolescente de 14 ans, a été retrouvée dans la Seine à Argenteuil (Val-d’Oise). Son corps portait les stigmates de coups violents. Soupçonnés, deux anciens camarades, une fille et un garçon âgés de 15 ans, ont été interpellés. L’un d’entre eux a reconnu les faits. Tous deux harcelaient la jeune fille après une grave altercation. Au cœur du différent, la diffusion de photos compromettantes de la jeune victime dont les deux ados avaient piraté le compte snapchat.

La mère de la jeune victime avait signalé à l’établissement le harcèlement que subissait sa fille depuis plusieurs semaines. Le lycée professionnel avait pour sa part incité les parents à porter plainte auprès de la police. De leur côté, des camarades de classe reconnaissent avoir été témoins du harcèlement dont était victime Alisha sans avoir osé parler. Tous regrettent. Il est trop tard.  Devenu viral, le harcèlement scolaire tue. Que chacun en soit conscient.

Inceste

Des témoignages en cascade

Depuis la sortie du livre de Camille Kouchner (La Familia Grande, éditions Seuil), des centaines de victimes d’inceste comme de viols ont osé parler, se sont libérées et enfin exprimées. Racontant avec une émotion souvent déchirante l’horreur de ce qu’ils ont vécu. L’horreur de chaque jour passé avec ce secret couvert de honte. Le hashtag#Metooinceste sur Twitter a remporté un succès qui a dépassé de loin les attentes. Les réseaux sociaux ont aussi du bon, ils permettent parfois à certains d’oser l’impensable : parler.

Et les témoignages viennent de partout, de toutes les franges de la population révélant l’ampleur du problème de notre société. Dès lors les politiques ne peuvent plus ignorer le problème. C’est d’ailleurs aujourd’hui, mercredi 20 janvier, un homme politique qui révèle avoir été violé lorsqu’il était enfant. Bruno Questel (député LREM) était âgé de 11 ans quand un habitant de son village a abusé de lui. Pour lui, comme pour la plupart des victimes, « il n’y a pas une seconde où quelque chose, un fait, une parole, un geste, une nouvelle, ne vous ramène pas à cela ».  L’homme politique ajoute « Je n’ai jamais oublié. Aucune excuse possible. Aucun pardon possible. Aucun repos pour les auteurs de ces actes. »

Ces révélations en cascade surviennent alors que le Sénat s’apprête à examiner une proposition de loi pour créer un nouveau crime sexuel visant à protéger les mineurs de moins de 13 ans. « Je pense que nous devons criminaliser les relations sexuelles entre un adulte et un enfant de moins de 15 ans », a affirmé de son côté le secrétaire d’Etat à l’enfance, Adrien Taquet, mardi sur Europe 1.

Mais devant le tumulte provoqué par l’affaire Duhamel, le texte devrait être durci. La sénatrice PS Marie-Pierre de La Gontrie proposant de renforcer la peine encourue pour les cas d’inceste serait de dix ans de prison et 150 000 euros d’amende.

Il y a quelques jours, Brigitte Macron avait appelé de ses « vœux » une réforme judiciaire pour lutter contre l’inceste rejointe en cela par le ministre de la santé, Olivier Véran, qui déclarait sur France Inter être « tout à fait sur la position de Brigitte Macron ». D’autres politiques comme Christophe Castaner, président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, évoque la possibilité « si nécessaire donner la qualification pénale à ce crime ». Passons aux actes !

Reste que l’âge retenu, 13 ans, reste très contesté par les différentes associations de protection de l’enfant, dont l’Enfant Bleu. Que peut-on opposer à 13 ans à un adulte influent ? Les défenseurs du texte opposent qu’il s’agit de «  l’âge de la responsabilité pénale des enfants », selon la sénatrice centriste Annick Billon. « C’est aussi un écart d’âge suffisant » pour ne pas mettre en difficulté des jeunes couples constitués d’un mineur et d’un jeune majeur. Pour sa part Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à l’enfance, plaide pour « criminaliser les relations sexuelles entre un adulte et un enfant de moins de 15 ans ». On le voit, le combat est loin d’être terminé.

L’Enfant Bleu encourage toujours et encore les victimes à parler, pour être aidées et pouvoir se reconstruire, bien sûr, mais aussi pour que la nation entende la profondeur de la douleur d’un crime trop souvent recouvert d’un silence complice.

Que les auteurs d’inceste ou de viols sur enfants en soient convaincus : la parole est libérée. A leur tour de trembler.

L’Enfant Bleu Toulouse est à l’écoute des victimes, enfants ou adultes du lundi au vendredi au 05 61 53 21 10. Psychologues et juristes peuvent vous aider gratuitement.

Photo Devon Divine

Commission de travail sur l’inceste

Elisabteh Guigou renonce

« Le climat actuel ne me permet pas de conduire cette mission avec la sérénité nécessaire. J’ai donc pris la décision de passer le relais et de renoncer à présider cette commission. » C’est par ces mots qu’Elisabeth Guigou a annoncé renoncer à prendre la direction de la Commission indépendante sur l’inceste initiée par le Secrétariat d’Etat à la protection de l’enfance.

Tout juste une semaine après la sortie du livre de Camille Kouchner « La Grande Familia » (Seuil), dans lequel elle accuse son beau-père Olivier Duhamel d’abus incestueux sur son frère jumeau, l’ancienne Garde des sceaux a donc considéré que sa proximité avec le politologue pendant de nombreuses années pourrait nuire à sa fonction.

Nommée par Adrien Taquet, Elisabeth Guigou a affirmé avoir ignoré « toutes ces années les faits gravissimes dénoncés par Camille Kouchner dans son livre ».

Selon le Secrétaire d’Etat, la commission de travail doit amener  « la société tout entière s’empare du sujet des violences sexuelles contre les enfants et de l’inceste, qui sont parmi les derniers tabous ». Un travail qui doit se faire dans la sérénité car il se doit d’aboutir. L’Enfant Bleu Toulouse comme l’ensemble des associations ne pourront accepter un énième report sur ces questions cruciales qui touchent à la protection des enfants. A commencer par le seuil de non-consentement pour les mineurs à une relation sexuelle avec un adulte.

Pédophilie

Olivier Duhamel coupable d’inceste

Olivier Duhamel au pupitre de la célèbre école de Sciences Politiques.
Prochain pupitre : celui du tribunal ?
Crédit : Cdeniaud ; https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Voeux-olivier-duhamel.jpg)

La réouverture des librairies a redonné à tous le sourire. Celui-là même qui se dessine à la perspective de pouvoir accéder de nouveau à ces romans qui nous nous font tant voyager.

Nous étions loin d’imaginer que ce tout début d’année serait marqué par la parution d’un livre aux allures de bombe. Car « La grande familia », paru aux éditions du Seuil, (sortie le 7 janvier), n’a rien d’une grande saga familiale où les générations s’entrecroisent autour de grands goûters. Ce livre, écrit dans le plus grand secret, dévoile comment le célèbre constitutionnaliste parisien, habitué des plateaux télé, remarié à l’ancienne épouse de Bernard Kouchner, a abusé durant au moins 2 ans de son beau-fils entre ses 13 et 15 ans.

Alors que la victime refusait de parler pendant de très longues années, c’est sa jumelle Camille Kouchner, fille de l’ex ministre de la Santé,  qui plus de 20 ans plus tard décide de tout raconter à leur mère.

Evelyne Pisier, sœur de la célèbre actrice française, prend alors le parti de protéger son mari. Insupportable pour les enfants qui rompent quasiment les relations avec leur mère. Mis au courant tardivement, leur père, Bernard Kouchner, et leur tante, Marie-France Piser veulent intervenir publiquement mais ne le font pas à la demande de la victime.

Comme souvent, de nombreux amis issus de la bourgeoisie intellectuelle parisienne étaient au courant des déviances d’Olivier Duhamel, sans oser rompre le silence. Toute une époque, diront certains. Facile. Inacceptable.

Plus de 30 ans après les faits, Camille Kouchner, aujourd’hui juriste, décide, avec l’accord de son frère jumeau, de révéler au grand jour ce qu’a fait subir le célèbre juriste à un jeune ado de 13 ans. Les extraits dévoilés (lire ci-dessous) sont sans concession. A la hauteur du traumatisme de cet insupportable secret de famille.

Après ces révélations, Olivier Duhamel a décidé de quitter toutes les fonctions qu’il occupait : président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) ; auteur d’un ouvrage référence pour des milliers d’étudiants en droit constitutionnel, « La Gauche et la VRépublique », président du Siècle, ce club très prestigieux  où se retrouve l’élite française. Duhamel coanime également sur Europe 1 l’émission « Mediapolis » et commente l’actualité politique sur les plateaux de la chaîne LCI.

Bref, celui qui a imposé des fellations à un jeune garçon de 13 ans pendant au moins 2 ans, abusant de son aura va maintenant avoir du temps pour réfléchir à ses actes.

L’Enfant Bleu n’a de cesse de le répéter, la pédophilie est un fléau installé dans notre société sans distinction de classe. Cette affaire en est une nouvelle fois la preuve. Une nouvelle fois, un criminel échappera au 20 ans de prison que prévoit la loi pour ce crime odieux qu’est l’abus d’un enfant, pour cause de prescription.

Extrait de « La grande familia » éditions du Seuil
(sortie le 7 janvier 2021)

« Petit, mon frère m’avait prévenue : “Tu verras, ils me croiront, mais ils s’en foutront complètement.” Merde. Il avait raison.

Bon, ben s’ils ne comprennent pas, on va leur expliquer.
Je vais t’expliquer, à toi qui professes sur les ondes, toi qui fais don de tes analyses aux étudiants et pavanes sur les plateaux télés.

Je vais t’expliquer que tu aurais pu, au moins, t’excuser. Prendre conscience et t’inquiéter.

Je vais te rappeler que, au lieu de ça, tu m’as menacée. Message sur mon répondeur : “Je vais me suicider.”

Je vais t’expliquer, à toi qui dis que nous sommes tes enfants. Quand un adolescent dit oui à celui qui l’élève, c’est de l’inceste. Il dit oui au moment de son désir naissant. Il dit oui parce qu’il a confiance en toi et en ton apprentissage à la con. Et la violence, ça consiste à décider d’en profiter, tu comprends ? Parce que, en réalité, à ce moment-là, le jeune garçon ne saura pas te dire non. Il aura trop envie de te faire plaisir et de tout découvrir, sûrement.

Je vais t’expliquer que, à force, ensuite, le jeune garçon va dire oui pour nier l’horreur de la situation. Ça va durer, et puis il va culpabiliser, se dire que c’est sa faute, qu’il l’a cherché. Ce sera ton triomphe, ta voie de sortie pour en réchapper. (…)

Je n’oublie pas le couple que vous formiez. Sartre et Beauvoir ? Il n’y a que la familia grande pour y croire. A l’unisson, vous avez forcé nos leçons : Foucault et la peine. Ne jamais dénoncer, ne jamais condamner dans cette société où l’on n’attend que punition. Savoir évoluer, se faire souple et espérer la réhabilitation. Se méfier du droit.

Mes cours de droit, justement : le viol consiste en tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Ça, pour une surprise !

Et la contrainte, alors ? Comme une putain de contrainte morale ! Comme le fait qu’on t’ait tellement aimé, tu vois ? (…) Comme le fait qu’on n’a même pas pu t’envoyer en taule tellement on avait peur pour toi. (…)

Toi qui as agressé mon frère pendant des mois, tu le vois, le problème ? Quasiment devant moi, en t’en foutant complètement, faisant de moi la complice de tes dérangements. Tu les vois, les angoisses qui nous hantent depuis ?

Soyons précis :

Article 222-24 du code pénal : le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle (…) lorsqu’il est commis par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait.

Article 222-31-1 du code pénal : les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis par (…) le conjoint [d’un ascendant] (…) s’il a sur la victime une autorité de droit ou de fait.

Mais toi aussi t’es prof de droit. T’es avocat. Tu sais bien que, pour cause de prescription, tu t’en sortiras. Tout va bien pour toi.

Vingt ans. Sinon c’était vingt ans. »

Une cagnotte solidaire pour les enfants

Parce que nous ne croyons plus au Père Noël mais n’avons pas totalement perdu espoir, nous avons imaginé la mise en place d’une cagnotte en ligne pour recueillir des étrennes.

Si le cœur vous en dit, vous pouvez participer à ce joli cadeau qu’est une main tendue à des enfants qui méritent bien une nouvelle chance.

En participant à cette cagnotte vous aidez des enfants victimes de violences sur le plan psychologique et juridique, vous aidez aussi des adultes victimes durant leur enfance qui ont vécu avec leur fardeau et qui ont aujourd’hui la possibilité de se reconstruire, vous nous aidez enfin à faire que le regard de notre société change, que la violence sur les enfants ne soit plus masquée, ignorée. 

De ce cadeau, vous vous souviendrez, car ce cadeau est grand, très grand. Soyez en fier.

Merci à tous et joyeux Noël